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La place du latin dans le secondaire : apprendre une langue, mais surtout apprendre à penser

Le latin occupe dans l’enseignement secondaire une place unique, non parce qu’il serait un vestige du passé, mais parce qu’il agit comme un atelier vivant de construction du raisonnement. Son apprentissage invite l’élève à pénétrer la logique d’une phrase comme on perce un système : identifier des fonctions grammaticales plutôt qu’obéir à l’ordre des mots, formuler des hypothèses, les vérifier, les corriger et surtout les justifier. Cette logique linguistique constitue la véritable valeur ajoutée du latin : une initiation au sens des mots, à la rigueur et à la déduction. Cette logique est comparée à une “pierre de Rosette”, utile pour comprendre d’autres langues, mais aussi la logique informatique et le fonctionnement de l’intelligence artificielle, qui repose sur la décomposition de problèmes. 


La Ministre Valérie Glatigny, philosophe de formation, défend cette conviction née de son propre parcours : le latin forme avant tout des esprits capables de recul, d’analyse logique et de questionnement. Dans un monde marqué par les réponses générées en quelques clics par l’intelligence artificielle, cette démarche devient centrale : apprendre à poser une bonne question, comprendre comment un système élabore une réponse vraisemblable mais non certifiée vraie, et exercer un esprit critique sur celle-ci. Le latin nous pousse à revenir à l’essentiel : apprendre à penser, à interroger et à prendre de la distance face à l’évidence apparente. 


Loin d’être un outil d’élitisme, le latin est présenté comme un levier d’égalité par l’exigence. Parce que la véritable politique inégalitaire, ce n’est pas d’enseigner un savoir difficile, mais bien de renoncer à la qualité : ce sont toujours les élèves qui ne peuvent “compenser” un enseignement de faible qualité par des cours privés qui paient d’abord la facture. De la même manière, ce sont les élèves de condition modeste qui paient la facture d’un diplôme dévalorisé, qui n’est plus la garantie de compétences certifiées car eux ne peuvent envisager des études à l’étranger. L’exigence n’est donc pas un tri social, mais une protection collective, bien sûr, à condition qu’elle s’accompagne d’un soutien pédagogique fort et d’un cadre clair, ce que la réforme assume pleinement avec de l’accompagnement personnalisé renforcé notamment. 


Cette vision s’inscrit dans une conception émancipatrice de l’école : on s’ouvre mieux à d’autres cultures quand on connaît solidement la sienne. Le latin redonne ainsi du souffle et une fierté culturelle qui ne fige pas les élèves, mais leur offre un point d’appui solide pour accepter le débat et la complexité des systèmes de pensée, anciens ou contemporains. 


Un renforcement concret dans la grille horaire 

Concrètement, la réforme du degré inférieur secondaire renforce le latin en le sortant d’un statut inégalitaire d’“activité complémentaire” (très variable selon les écoles), pour garantir à tous les élèves un contact structuré avec les langues anciennes. 

Et ceci, dès la 1ère secondaire via le cours de FRALA (Français Langues Anciennes), qui intègre au français des récits du patrimoine culturel (sans apprentissage linguistique spécifique du latin). En 2e secondaire grâce à 2 périodes d’initiation assurées à tous les élèves par des enseignants titrés, et en 3e secondaire avec 1 période commune pour tous, complétée pour ceux qui le souhaitent par une activité orientante de 4 périodes de latin, appelée à susciter davantage d’inscriptions.  


Dans cette transition, les enseignants de latin, dont beaucoup prestent déjà aussi des périodes en français ou en histoire, pourront être réaffectés vers ces cours au degré inférieur ou supérieur, ou encore vers l’accompagnement personnalisé, où ils disposeront d’une priorité, tandis que les remplacements nécessaires (départs anticipés et naturels, pensions…) créeront un besoin net d’enseignants dans les années à venir. 


 
 
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