Nos écoles protégées des pressions religieuses et politiques
- il y a 6 jours
- 2 min de lecture

Sur proposition de la Ministre de l’Éducation Valérie Glatigny, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté définitivement un décret qui viendra renforcer, dès la rentrée de septembre, le principe de neutralité dans l’enseignement.
L’objectif est clair : garantir à chaque élève un cadre d’apprentissage serein, à l’abri de toute pression religieuse ou politique.
Le texte introduit notamment le principe de neutralité d’apparence. Concrètement, les membres du personnel – enseignants, directions, éducateurs, mais aussi personnel administratif, technique ou paramédical – ne pourront plus porter de signes convictionnels visibles dans les établissements où la neutralité s’applique. La règle vaut également dans les internats, les CPMS et les centres de plein air liés aux écoles. Elle concerne l’enseignement officiel, ainsi que l’enseignement libre non confessionnel qui choisit d’y adhérer.
L’ambition n’est pas d’effacer les convictions, mais de préserver un espace commun où aucune d’entre elles – religieuse, philosophique ou politique – ne s’impose aux élèves. Tous les signes visibles sont concernés, qu’il s’agisse de vêtements ou d’accessoires, afin de garantir une neutralité d’apparence complète. Une exception est prévue pour les enseignants de religion et de morale, mais uniquement dans le cadre des cours qu’ils dispensent. Dès qu’ils exercent une autre fonction, cette exception ne s’applique plus.
Pour les élèves, un cadastre sera réalisé afin de dresser un état des lieux des règles actuellement en vigueur dans les établissements.
Le décret ne se limite pas à la question des signes convictionnels. Il entend aussi lever certaines ambiguïtés dans la transmission des savoirs. Une formulation datant de 1994, qui imposait d’enseigner “en des termes qui ne peuvent froisser aucun élève”, est supprimée. Dans les faits, cette disposition avait parfois conduit des enseignants à s’autocensurer. Selon le Baromètre du respect, 62 % d’entre eux déclarent l’avoir fait au cours des cinq dernières années.
Or, les situations de contestation ne sont pas rares et concernent de nombreuses disciplines. Certains enseignants hésitent aujourd’hui à aborder la théorie de l’évolution de Darwin, à présenter certaines œuvres d’art montrant des « nus », à montrer un appareil reproducteur en cours de sciences ou encore à évoquer la Shoah, par crainte de réactions de la part d’élèves, de parents ou parfois même de collègues.
La réforme réaffirme donc clairement leur rôle : transmettre l’ensemble des savoirs avec rigueur et objectivité, dans le respect des programmes.
Pour accompagner sa mise en œuvre, un plan de soutien est prévu : formations pour les directions et les enseignants, outils pédagogiques et de médiation, ainsi qu’un rappel clair du cadre légal. Le Service général de l’Inspection sera chargé de veiller au respect du principe de neutralité et publiera un rapport tous les deux ans.
Au fond, la neutralité ne remet pas en cause la liberté de conscience. Elle vise au contraire à la protéger. Il ne s’agit pas d’interdire de croire ou de ne pas croire, mais de garantir que l’école reste un lieu d’émancipation et de savoir, où chacun peut apprendre et enseigner sereinement, à l’abri des pressions.


